Découverte du livre « Les Ailes »

« Les Ailes » est un recueil de trois nouvelles écrites par le poète et écrivain coréen Yi Sang au début du XXe siècle. Poète aussi connu en Corée que Rimbaud en France, c’est un symbole de la liberté et du refus de la soumission intellectuelle. À travers ces trois nouvelles, Yi Sang aborde les comportements étranges des individus en amour par ses propres relations amoureuses et sa perception du monde dans lequel il évolue malgré lui.

YI Sang :

Yi Sang est un poète et écrivain du début du XXe siècle. Il est devenu un mythe littéraire. Né en 1910 à Séoul et décédé en 1937, à l’âge de 27 ans, au Japon. Il a participé à ouvrir la Corée du Sud des années 30 au monde nouveau en bousculant les traditions. C’est à ses 23 ans qu’il commence à se faire remarquer en tant qu’écrivain, durant une période de grands bouleversements dans sa vie. Il quitte son travail d’architecte pour ouvrir des cafés et vivre ainsi de sa passion littéraire. Yi Sang décède d’une maladie des poumons durant son emprisonnement au Japon où il a émigré en 1936.

Des nouvelles marquantes :

Ce recueil regroupe trois nouvelles. « Les Ailes » et « Récit d’une rencontre et d’une séparation » qui ont été publiées en 1936. Puis, « Une fleur perdue » publiée de façon posthume en 1939. La première, « Les Ailes » est la plus populaire. Elle représente toutes trois la complexité de la vie amoureuse manquée de Yi Sang et l’impossibilité de trouver en l’amour une vérité assurée.

Hwaseong Fortress dans les années 1930
  • « Les Ailes »

Étrange ménage entre Yi Sang, homme oisif et une femme aux mœurs plutôt légères. Cette nouvelle présente un homme-enfant ayant peur du monde extérieur et de sa condition d’adulte. En effet, il passe son temps dans l’une des pièces les plus sombres du foyer, sa chambre, à dormir et à réfléchir aux drôles d’activités que peut avoir sa femme. Faisant couche à part, il profite des absences de celle-ci pour « jouer » dans sa chambre. Faire brûler des mouchoirs et sentir ses produits de soin.

Aussi, sa femme accueil régulièrement des hommes dans sa chambre et Yi Sang se demande qu’elle est son travail ou même si elle en a vraiment un. Cependant, il reste dans son coin sans rien lui demander. Entretenu par elle, sa femme lui dépose de faibles portions de nourriture dans sa chambre et parfois une petite pièce lorsqu’elle a eu de la visite. Pourtant, Yi Sang refuse d’utiliser son argent.

Enfin, devenu claustrophobe dans son minuscule espace, Yi Sang se décide à sortir à nouveau dans le monde extérieur. Par la suite, surprenant plusieurs fois sa femme dans des situations dont il n’aurait pas dû être témoin, il déclenche les foudres de celle-ci.

Cette nouvelle recoupe une légende populaire de Corée, celle de « l’enfant général ». Elle nous permet de saisir le sens du titre donné par l’auteur. – Ce mythe conte l’histoire d’un enfant né avec des ailes sous les aisselles en signe d’une prochaine rébellion. Venu pour sauver le peuple cet enfant est sacrifié par ces parents. Une fois enterré, il fut tué une seconde fois par l’armée du roi avant sa résurrection. – Dans la nouvelle « Les Ailes », la solitude du personnage est palpable et illustre son désir de fuir la réalité et cette femme qui l’étouffe doucement avec un faux amour maternel.

  • « Récit d’une rencontre et d’une séparation »

La seconde nouvelle nous conte l’histoire de Yi Sang avec une ginsaeng. Il l’a rencontré dans une station thermale en 1933. Leur relation fut une suite de séparations et de réconciliations.

Autrefois, Les ginsaengs étaient des femmes de plaisirs au service des hommes. Aussi, ces courtisanes, dotées d’un talent artistique, étaient les seules femmes avec lesquels les hommes cultivés pouvaient parler d’art afin de respecter les traditions confucéennes. En effet, les ginsaengs étaient les seules femmes qui possédaient cette liberté. Le confucianisme ne permettant pas les contacts entre hommes et femmes en dehors de l’intimité.

La particularité du récit de Yi Sang est qu’il met l’accent sur l’une de ces femmes, plus prostituée que véritablement cultivée, alors que la majorité des œuvres traditionnelles abordaient uniquement la condition des ginsaengs de haut rang.

  • « Une fleur perdue »

Dernière nouvelle, publiée après la mort du poète et écrivain, « Une fleur perdue » expose les écarts de conduite de Beong Dong-rim, femme moderne et elle aussi écrivaine, que Yi Sang a épousé en 1936. Il nous expose les écarts de conduite de cette femme « libérée » et nous permet d’entrevoir cette rupture entre la morale et les plaisirs physiques de la femme.

koreanhistory.info
Photo de Corée dans les années 1930

Un homme torturé :

Ces nouvelles autobiographiques nous présentent Yi Sang comme un être torturé. En effet, durant les trois récits, on ressent sa solitude, sa pauvreté et la faim qui en découle. C’est un homme qui n’a pas le goût de vivre, qui ne souhaite pas faire partit de ce monde. Il refuse d’adopter le comportement d’un adulte, d’un homme responsable.

Yi Sang veut s’affranchir des moules de la société. Il ne souhaite pas se fondre dans la masse. Un enjeu bien difficile dans un pays où l’individualité n’a pas lieu d’être, où le groupe, la patrie, à une place de choix. Ainsi, Yi Sang peine à trouver son identité, son individualité. Ce qui le rapproche de la légende de « l’enfant-général » par la mise à l’écart et donc la solitude d’un être différent. Aussi, son désir de mettre fin à ces jours et palpable. Pourtant, il n’y parvient pas

Séoul pendant l’occupation japonaise (1920)

En bref :

Un recueil marquant. Son style d’écriture et poignant et dur. Pourtant, on y trouve quand même une forme de poésie. Les trois nouvelles de Yi Sang nous poussent à nous interroger sur le propre sens de notre existence. Aussi, elles illustrent la place de la sexualité de la femme dans la société des années 30, jusqu’à présent plutôt cachée et destinée uniquement à la fonction de procréation.

Egalement, nous pouvons nous faire une idée de cette société à travers son regard. Un monde où l’on doit respecter les codes, où l’on doit se fondre dans la masse jusqu’à oublier même le propre sens de notre existence individuelle.

Connaissez-vous Yi Sang ? Appréciez-vous ces œuvres ? N’hésitez pas à partager avec nous votre ressenti !


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Sur leur site internet 

A propos Clothilde

26 ans, écrivain public et diplômée en Communication. Je suis fascinée par l’Asie depuis mon enfance. Curieuse et avide de découvertes, j'ai envie de partager avec vous ma passion pour la Corée du Sud. J'aime les voyages, l’architecture, la musique, l’écriture et les plaisirs simples que la vie a à nous offrir.

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