Littérature

Découverte du livre « Un balcon sur la lune »

Un balcon sur la lune est un roman paru en 2007 par l’auteur Chung Han-Ah. Lecture légère à première vue, elle cache en réalité un fort message de sensibilisation sur la condition féminine sud-coréenne. Ce livre s’inscrit dans le même esprit que Kim Jiyoung, née en 1982 écrit par Cho Nam-joo. L’histoire toutefois bien différente aborde la place du bonheur et de la réalisation de soi dans une société où le confucianisme, prônant la séparation des sexes et le rôle de chacun dans la société, est encore bien marqué. 

CHUNG Han-Ah

Chung Han-Ah, auteur du livre Un balcon sur la lune

Sa carrière débute en 2005, lorsque la jeune femme remporte le prix de littérature Daesan pour les étudiants. Aujourd’hui, cette auteur prometteuse apporte un vent de fraîcheur et d’optimisme à la littérature du matin clair et frais. Un brin d’espoir et de douceur sur une société coréenne dont on nous montre, le plus souvent, son visage le plus sombre.

Un message fort, empli d’espoir

Un balcon sur la lune est le premier livre de l’auteur à être publié en France, en 2017 par Decrescenzo Editeurs. L’œuvre nous conte l’histoire d’Eun-Mi, une jeune femme dont les rêves échappent à la réalité sud-coréenne et aux exigences de sa famille. Après de multiples échecs au concours de journaliste, Eun-Mi envisage le pire. Cependant, une lueur venue des États-Unis vient éclairer son quotidien si maussade. En effet, sa grand-mère l’invite à l’aventure, la poussant sur les traces de sa tante. Sun-i, ayant disparu de l’horizon familial depuis plus de 15 ans. D’après les lettres qu’elle a envoyées à sa mère, Sun-i serait devenue astronaute de la NASA. Épanouie et heureuse, menant une vie hors du commun. Ainsi, voici notre héroïne en compagnie de son meilleur ami d’enfance, Min, en route pour une terre inconnue dont la réalité semble bien étrangère à ce qu’elle semblait être.

Un balcon sur la lune illustre la vie de ces femmes coréennes, partagé entre devoir filial et accomplissement personnel. Un roman qui aborde aussi, en toile de fond, la question des personnes transgenres dans un pays ultra conformiste à travers le personnage de Min.

L’image du bonheur est-elle erronée en Corée du Sud ?

Qu’est-ce que le bonheur ? Voilà une question complexe à laquelle l’auteur nous invite à réfléchir. N’est-il pas différent pour chacun d’entre nous ? En Corée du Sud, l’idée du véritable bonheur semble être attachée à la réussite sociale et professionnelle. En somme, à un seul schéma bien défini auquel on ne peut qu’aspirer. L’image que l’on renvoie de nous-mêmes est primordiale, car elle affecte aussi la réputation d’une famille. C’est pourquoi l’individu et ses désirs passent souvent au second plan. Difficile donc lorsque l’on souhaite être différent.

De plus, la créativité n’est pas une faculté que l’on valorise et que l’on encourage dans le système éducatif sud-coréen. Ainsi, le métier de journaliste auquel aspire Eun-Mi semble bien fantaisiste aux yeux de sa famille. Rien de plus normal au pays du matin frais, où le Saint-Graal reste une place dans l’un des grands conglomérats du pays. Les proches de la jeune femme représentent tout à fait la cellule familiale de la Corée du Sud en ce nouveau millénaire.

Un balcon sur la lune

Se réaliser en tant que femme au pays du matin clair

Chung Han-Ah aborde également le sujet de la condition féminine sud-coréenne dans une société encore très marquée par le patriarcat du confucianisme. À travers les personnages d’Eun-Mi, de Sun-i et de la grand-mère, l’auteur couvre trois générations de rêves et d’espoirs féminins. Les trois femmes aspirent à la liberté, même si chacune n’en a pas la même définition.

Enfermée dans un mariage sans amour, la mère de Sun-i trouve son bonheur dans les lettres magiques et poétiques de sa fille. S’évadant dans les étoiles pour découvrir un monde fantastique et inconnu, elle n’en reste pas moins une mère attachée au bonheur de sa fille. C’est peut-être cela qui définit sa propre quiétude.

De son côté, Eun-Mi est en conflit intérieur. Ne parvenant pas à trouver la paix et à s’épanouir, partagée entre ses désirs et ce qui lui semble conforme à l’attitude que l’on attend d’une fille bien élevée, la seule échappatoire à laquelle elle pense est une mort douce. C’est lorsqu’elle partira à la rencontre de sa tante, repère féminin et exemple de son enfance, qu’elle découvrira que le véritable bonheur n’est pas toujours là où on l’attend.

Sun-i, loin d’un idéal, mais libre et heureuse ?

Bien loin de la vie que Sun-i s’est construite dans ses lettres, elle mène une existence loin de toute idée que la pensée coréenne se fait de la félicité. Ayant fui la Corée du Sud pour échapper aux regards et aux jugements que l’on portait sur sa condition de femme mère célibataire, de surcroit tout juste mariée à un étranger, Sun-i ne connaîtra pas le rêve américain tant espéré. Suite à l’échec de son mariage, elle enverra son fils, Chan-i, auprès de sa famille coréenne, souhaitant lui offrir un avenir plus prometteur. Ainsi, Eun-Mi va réellement faire la connaissance de sa tante : une femme marquée par les épreuves de la vie, à la santé fragile, vivant avec le strict minimum grâce à un petit job au sein d’une boutique souvenir de la NASA et entichée d’un homme qui semble ne rien avoir pour lui.

Pourtant, elle apprendra à ses côtés que le bonheur est peut-être là où on s’y attend le moins. Après tout, Sun-i n’est pas si malheureuse, même si sa vie ne ressemble pas à ce qu’elle espérait. Elle est entourée de personnes qui l’aiment pour ce qu’elle est réellement, qui la respecte et l’épaule. En sommes, une nouvelle famille qui veille sur elle. Le bonheur tient peut-être alors à peu de choses en fin de compte. La découverte de cette réalité sera une véritable prise de conscience pour Eun-Mi.

— Marchand de tongs… Il manque un peu d’ambition non ?
— Qui peut savoir ? Quel droit a-t-on de juger de l’ambition d’autrui ? Et si le bonheur pour lui, c’est de vendre des tongs dans le coffre de sa voiture justement, sans personne qui se mêle de ses affaires ?

Couverture coréenne du livre Un balcon sur la lune
Couverture coréenne du livre Un balcon sur la lune

La condition transgenre : vers un début de prise de conscience sud-coréenne ?

Enfin, autre sujet important présenté dans Un balcon sur la lune, la transidentité, un sujet complexe abordé par le personnage de Min, l’ami d’enfance de la jeune femme. Bien que né dans un corps d’homme, depuis son plus jeune âge son comportement s’identifie plus au modèle féminin. D’ailleurs, Min se reconnaît davantage en tant que femme plutôt qu’en tant qu’homme. C’est donc tout naturellement qu’il envisage l’opération lui permettant d’être totalement en harmonie avec lui-même. Bien qu’il recherche encore son identité sexuelle. La réaction de son amie Eun-Mi, qui a pu surprendre certains lecteurs, est tout à fait naturelle dans le système de pensée de sa génération. Il ne faut pas oublier que la moralité coréenne est loin d’être aussi ouverte que celle des pays occidentaux. Sans oublier que le roman a été écrit au début des années 2000.

Même encore aujourd’hui la transidentité reste quelque chose d’assez tabou est incompris en Corée du Sud. Cependant, avec l’ouverture du pays à l’international, les jeunes générations actuelles sont beaucoup plus tolérantes et compréhensives. N’oublions pas que les mœurs évoluent très vite en Corée du Sud, même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir… Ainsi, si de nombreux lecteurs français se sont offusqués du traitement de cette partie, je n’y vois personnellement qu’un manque de connaissance des mœurs coréennes. Je suis au contraire agréablement surprise et je trouve l’auteur très avant-gardiste compte tenu de l’année de parution de ce manuscrit. C’est, à mon sens, la belle surprise de ce roman et j’en suis enchantée.

Un balcon sur la lune

Chung Han-ah, une écriture légère et avant-gardiste

Que dire sur le style d’écriture de Chung Han-ah ? Pour ma part je le trouve simple et sans artifice, à l’image de ce qu’est sans doute le bonheur. Cela rend la lecture d’Un balcon sur la lune accessible à tous, facile et agréable. La fin reste ouverte, le lecteur se pose encore beaucoup de questions, mais c’est propre au style coréen. Personnellement, j’apprécie ce type de conclusion. Je me plais à imaginer la fin qui me convient plutôt qu’être désabusée. Le message qu’elle souhaite faire passer dans son roman est présenté très discrètement, en étant toutefois clairement compréhensible.

Aussi, bien que nos deux cultures soient radicalement opposées, on peut s’apercevoir d’un point de convergence : la différence dérange. Que l’on soit née au sein d’un pays aux pensées plus libres ou bien plus conservatrices est strict, la différence est toujours difficile à vivre. Les individus ont tendance à mettre à l’écart ce qu’ils ne comprennent pas, sans chercher à s’enrichir de cette singularité. L’humanité tout entière a encore de gros progrès à faire sur ce point. L’intégration sociale n’est pas seulement un enjeu de la société sud-coréenne, mais bien un désir universel auquel chaque personne aspire. Nous souhaitons tous être aimés, acceptés et reconnus pour ce que nous sommes réellement et non uniquement pour le moule dans lequel on tente de nous faire entrer par tous les moyens.

Ainsi, là où certains lecteurs pourraient voir un roman classique et divertissant, manquant peut-être d’intrigue et de profondeur, j’y vois au contraire un regard très réaliste, parfois même novateur, mais toujours porteur d’espoir et d’optimisme sur la société sud-coréenne. Le message que tente de faire passer l’auteur est toujours affreusement d’actualité, même treize ans après l’écriture et la parution de son roman en Corée du Sud.

Un balcon sur la lune

En bref :

Un balcon sur la lune, premier roman de l’auteur traduit en français, est un beau début pour faire connaître Chung Han-ah en France. La jeune femme porte un regard très juste, réaliste, mais aussi bienveillant sur son pays. Bien consciente des problèmes sociétaux de la Corée du Sud, elle ne souhaite pas pour autant en dresser un noir portrait. Han-ah y ajoute au contraire de la lumière en apportant un peu de poésie et de réconfort. Une évasion dans les étoiles en quête de la recherche de soi.


Korean Coffee Break remercie les Éditions Decrescenzo pour nous avoir offert l’opportunité de découvrir « Cochon sur gazon ». Retrouvez l’intégralité de leur catalogue sur leur site internet.

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A propos de l'auteur

27 ans, écrivain public et diplômée en Communication. Je suis fascinée par l’Asie depuis mon enfance. Curieuse et avide de découvertes, j'ai envie de partager avec vous ma passion pour la Corée du Sud. J'aime les voyages, l’architecture, la musique, l’écriture et les plaisirs simples que la vie a à nous offrir.

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